Traitement des groupes vulnérables
Mineurs, victimes & personnes en crise — Guide éthique et cadre légal
Risques légaux
- Code pénal Art. 226 bis : atteinte à la vie privée
- Loi n° 95-92 du 9 novembre 1995 : protection de l'enfance
- Code de protection de l'enfant : identification interdite des mineurs
- Décret-loi n° 2011-115 : obligations éthiques du journaliste
⚠️ Attention : Les personnes vulnérables bénéficient d'une protection renforcée. La couverture journalistique de mineurs, de victimes ou de personnes en crise exige un niveau de précaution supérieur à la norme éditoriale habituelle. L'intérêt public ne justifie pas tout.
I. Règles par groupe vulnérable
A. Mineurs (moins de 18 ans)
- Identité protégée : ne jamais publier nom, photo, vidéo ou tout élément permettant l'identification.
- Consentement parental écrit obligatoire même pour un mineur volontaire de témoigner.
- Interdit : couvrir un mineur impliqué dans une procédure judiciaire (victime ou auteur).
- En cas de doute sur l'âge : traiter comme mineur jusqu'à preuve contraire.
- Exception très encadrée : intérêt supérieur de l'enfant démontrable + avis du SNJT.
B. Victimes (violences, agressions, catastrophes)
- Ne jamais identifier une victime de violence sexuelle ou de crime contre la personne.
- Recueillir le consentement éclairé AVANT tout entretien, par écrit si possible.
- Expliquer à la victime l'usage prévu, le support de diffusion et les risques pour elle.
- Ne pas ré-traumatiser : éviter les questions sur les détails de l'acte subi.
- Proposer systématiquement les ressources d'aide (numéros d'urgence, associations).
Contexte tunisien — cas fréquents :
• Victimes de violences conjugales : protection absolue de l'identité (Loi n°2017-58)
• Victimes d'agressions dans les espaces publics : consentement avant diffusion d'images
• Victimes de corruption ou de pression institutionnelle : protection de source obligatoire
• Rescapés de naufrages en Méditerranée : contexte humanitaire nécessitant une protection maximale
• Victimes de violences conjugales : protection absolue de l'identité (Loi n°2017-58)
• Victimes d'agressions dans les espaces publics : consentement avant diffusion d'images
• Victimes de corruption ou de pression institutionnelle : protection de source obligatoire
• Rescapés de naufrages en Méditerranée : contexte humanitaire nécessitant une protection maximale
C. Personnes en crise (santé mentale, suicide, détresse)
- Appliquer les recommandations OMS sur la couverture du suicide : pas de méthode, pas de lieu précis.
- Ne pas présenter le suicide comme une solution ou romantiser la souffrance psychologique.
- Inclure systématiquement les contacts de crise en bas de tout article lié.
- Éviter les termes stigmatisants : 'fou', 'déséquilibré', 'dangereux' sans diagnostic médical.
- Consulter un professionnel de santé mentale pour cadrer votre couverture si nécessaire.
II. Checklist avant publication
✔ Ce que je dois pouvoir cocher :
- J'ai obtenu un consentement explicite et éclairé de la personne (ou tuteur si mineur)
- Aucun élément d'identification directe ou indirecte n'apparaît dans le contenu
- J'ai vérifié que la publication ne met pas la personne en danger
- Le contenu présente un intérêt public clair et proportionné à l'atteinte à la vie privée
- J'ai inclus les ressources d'aide appropriées (ligne crise, associations)
✘ Signaux d'alarme — ne pas publier si :
- Je publie sans consentement en me basant uniquement sur "c'est déjà public"
- J'identifie une victime parce qu'elle a "accepté de parler à visage découvert"
- Je décris en détail la méthode dans un article sur un suicide ou une tentative
- Le contenu pourrait permettre d'identifier indirectement un mineur
III. Langage recommandé vs à éviter
-
Santé mentale
✔ « souffre d'un trouble de l'humeur »
✘ « fou », « dérangé », « déséquilibré » -
Victime d'agression
✔ « a subi une agression »
✘ « s'est fait agresser » + détails sordides -
Mineur en difficulté
✔ « un enfant placé sous protection judiciaire »
✘ « le petit délinquant de 14 ans » -
Personne en crise
✔ « en situation de détresse psychologique »
✘ « suicidaire », « dangereux pour lui-même » -
Victime de viol
✔ « une femme victime d'agression sexuelle »
✘ Nom, lieu, heure précise, détails de l'acte -
Migrant en détresse
✔ « une personne migrante secourue en mer »
✘ Nationalité + nom + situation administrative
IV. Protocole terrain — 6 étapes avant l'entretien
- Préparer le contexte
Informer la personne du sujet, du média, de l'usage prévu et des risques avant tout début d'entretien. - Vérifier la capacité à consentir
S'assurer que la personne est en état de consentir librement (pas sous pression, choc ou sous l'effet d'une substance). - Obtenir le consentement
Recueillir l'accord explicite, idéalement écrit. Pour un mineur : accord du tuteur légal obligatoire. - Définir les limites
Convenir des sujets hors limite, du droit de relecture des citations, et du droit de retrait avant publication. - Anonymiser dès la prise de note
Prévoir dès la prise de note les pseudonymes, floutages, voix modifiée — pas seulement en post-production. - Informer sur les recours
Rappeler à la personne qu'elle peut contacter le SNJT si elle se sent lésée après publication.
V. Recommandations OMS — Couverture du suicide
- Ne pas décrire la méthode utilisée ni le lieu précis.
- Ne pas titrer avec le mot "suicide" en Une — préférer "mort par détresse".
- Ne pas présenter le geste comme glorieux, romantique ou libérateur.
- Inclure en fin d'article : "Si vous traversez une période difficile, appelez le 1800 (ligne d'écoute nationale)".
- Consulter les recommandations de l'OMS et de l'IASP avant tout reportage sur ce sujet.
Contacts & Ressources
SNJT
71 331 393 · Syndicat Journalistes Tunisiens
Ligne enfance
116 · Protection enfance — gratuit
Écoute crise
1800 · Soutien psychologique national
ATFD
71 770 945 · Assoc. Femmes Démocrates